Installée au cœur de Saint-Jean-de-Luz depuis 1890, la Maison Laffargue incarne une certaine idée de l’artisanat basque, où la patience, la transmission et le travail de la matière façonnent bien au-delà des simples objets. Pilotée depuis 2014 par les deux sœurs, Stéphanie et Sophie Laffargue, l’entreprise familiale poursuit son développement sans compromettre ses racines, entre héritage assumé et adaptation aux enjeux contemporains.
Stéphanie Laffargue revient sur les équilibres à trouver pour poursuivre le développement d'une maison centenaire, les choix engagés en faveur du « produire local » et le rôle que peuvent jouer les entreprises artisanales dans la vitalité d’un territoire.
Près de 60 personnes travaillent dans l’entreprise, dont une grande majorité d’artisans maroquiniers. Comment voyez-vous votre rôle, ici ?
S.L : Une Maison artisanale comme la nôtre a un rôle à jouer dans l’écosystème local. Nous participons à la création d’emplois qualifiés, à la transmission des savoir-faire et à l’attractivité du territoire. Nous formons aussi de nouveaux artisans, ce qui contribue au maintien des métiers manuels au cœur de notre territoire.
Comment se développer tout en restant fidèle à ses valeurs artisanales et familiales ?
S. L : Se développer sans perdre son âme demande beaucoup de vigilance. Nous avançons progressivement, pas à pas, en veillant à conserver nos méthodes de fabrication, notre exigence de qualité et notre esprit familial. Nous voulons continuer à grandir plutôt que de grossir, et cherchons à transmettre nos valeurs autant que nos gestes.
Les principaux défis pour les entreprises qui produisent localement, qu’elles soient artisanales, agricoles ou industrielles ?
S. L : De manière générale, les défis sont nombreux : la concurrence de produits importés à bas coût, la difficulté à recruter et former, et le code du travail en France qui est bien plus contraignant pour l’employeur que chez certains de nos voisins – sans avoir à aller très loin. Produire localement implique des coûts plus élevés, qu’il faut réussir à expliquer et à faire accepter. C’est un vrai parti pris, et c’est aussi un choix d’avenir, notamment en matière de durabilité et de traçabilité.
C’est un point essentiel pour nous, car notre savoir-faire n’a de valeur que s’il reste en phase avec son époque. Il s’agit de préserver des gestes traditionnels, tout en les adaptant aux attentes d’aujourd’hui, que ce soit en matière de qualité, de création ou de responsabilité.
Ce label valorise donc à la fois l’héritage et la capacité à se projeter dans l’avenir. Il est une source de fierté pour nos équipes, mais aussi une exigence quotidienne qui nous pousse à toujours progresser.
Constatez-vous un nouvel intérêt pour les métiers manuels ?
S. L : Oui, très clairement. Nous observons un réel regain d’intérêt pour ces métiers, y compris via des reconversions. Beaucoup de candidats recherchent aujourd’hui du concret, du sens, et la satisfaction de créer de leurs mains, motivés par l’amour du travail bien fait.
Vous avez mis en place une organisation du travail très spécifique...
S. L : Chez nous, un maroquinier réalise un produit de A à Z : c'est essentiel ! Cela donne une vraie responsabilité et une grande fierté dans le travail accompli. Chaque artisan voit le résultat final de son geste, ce qui est très valorisant. C’est aussi une manière de préserver une maîtrise complète du savoir-faire, plutôt que de le fragmenter, et cela permet un travail plus diversifié amenant davantage d’expertise et de polyvalence dans les taches effectuées.
Pourquoi est-il si important pour vous de continuer à produire localement plutôt que de délocaliser la fabrication ?
S.L : Produire localement est un choix fondamental pour nous, qui répond pleinement à notre engagement sur le territoire. Notre savoir-faire repose sur des gestes précis, transmis en interne entre artisans. Au-delà de l’aspect technique, c’est aussi une question de sens : nous voulons maîtriser la qualité, valoriser le travail humain et rester fidèles à notre identité basque, en maintenant et développant l’emploi localement.
Maison Laffargue DR